Uriel Goldberg, expert des enquêtes financières sensibles
BLR n° 52 – 10/07/2025
Photo de couverture : Uriel Goldberg
Diplômé d’expertise comptable et expert judiciaire près la cour d’appel de Paris, Uriel Goldberg met ses trois décennies d’expérience au service des investigations financières. Cet ancien auditeur, qui a exercé en France et aux Etats-Unis avant de passer dix ans au sein de directions financières, a rejoint le cabinet Finexsi en septembre 2024 pour y diriger le pôle Forensic et Investigations.
Auparavant, son parcours l’a mené, en 2015, à rejoindre le Parquet National Financier (PNF), où il a exercé pendant six ans en tant qu’expert en matières comptables et financières. Cette expérience lui a permis d’acquérir une expertise pointue dans la conduite d’enquêtes financières, couvrant un large spectre d’infractions, incluant la corruption et les détournements de fonds.
Aujourd’hui, Uriel Goldberg se consacre aux enquêtes internes pour le compte de clients confrontés à des allégations qui peuvent provenir de sources médiatiques ou d’alertes internes. Ses enquêtes relèvent de l’art du détective financier, avec des indices se cachant dans les données financières. Son rôle consiste à identifier si les faits allégués sont étayés et tangibles, soit en analysant des enquêtes existantes, soit en les initiant. Cette démarche vise ainsi, selon les circonstances, à construire une stratégie défensive ou offensive.
Expert judiciaire, membre de la Compagnie Nationale des Experts-Comptables de Justice, il considère les enquêtes comme de véritables outils de gestion des risques pour les entreprises. Son arrivée chez Finexsi s’inscrit dans la stratégie du cabinet de renforcer ses capacités d’investigation face à la multiplication des affaires de délinquance financière et aux nouveaux défis de compliance auxquels font face les organisations.
Rencontre avec cet expert qui a bien voulu délaisser momentanément ses missions pour nous dévoiler son parcours, mêlant souvenirs de terrain et confidences personnelles.
Propos recueillis par Florence Henriet
Comment votre expérience au PNF nourrit-elle aujourd’hui votre approche du forensic dans le secteur privé ?
Mon expérience au Parquet national financier (PNF) a profondément façonné ma pratique du forensic dans le secteur privé, tant sur l’aspect purement méthodologique, que sur l’approche des enquêtes judiciaires auxquelles les entreprises peuvent être confrontées.
Au PNF, j’ai d’abord participé aux enquêtes financières aux côtés des magistrats, en préparant perquisitions et auditions et en analysant les données disponibles. Avec l’arrivée de la loi Sapin 2 et des conventions judiciaires d’intérêt public (CJIP), mon rôle a évolué vers l’évaluation des enquêtes internes menées par les entreprises mises en cause et partagée avec le PNF dans le cadre des négociations.

Mon objectif est toujours le même : m’assurer que l’enquête interne soit « carrée », probante et étayée par des éléments factuels solides.
Cette évaluation ne se limitait pas aux seuls faits : nous devions également apprécier la bonne volonté et la coopération de l’entreprise, déterminer l’avantage retiré des manquements, et mesurer la qualité du travail d’investigation déjà réalisé en interne. Mon objectif est toujours le même : m’assurer que l’enquête interne soit « carrée », probante et étayée par des éléments factuels solides.
En tant qu’expert, j’avais un rôle pédagogique auprès des magistrats. Cette dimension existe toujours dans mon activité actuelle auprès de mes clients et de leurs conseils, car la preuve en matière financière demeure très spécifique et technique.
Cette expérience me permet d’adopter une démarche à la fois constructive et efficace, en proposant des moyens d’investigation adaptés aux enjeux auxquels ils font face.
Comment accompagnez-vous les entreprises dans la prévention et la détection des fraudes ?
Mon approche de l’accompagnement des entreprises en matière de prévention et détection des fraudes repose sur une méthodologie visant à réduire au maximum le niveau d’incertitude relatif aux faits allégués.
La première étape consiste à analyser avec méthode les soupçons initiaux. Cela implique une vérification minutieuse des traces comptables et financières qui peuvent soit confirmer, soit infirmer ces allégations. Cette phase d’investigation interne doit être menée avec la plus grande rigueur pour établir une base factuelle solide.

Il s’agit d’identifier précisément l’ampleur des dysfonctionnements ou des fraudes détectées, et d’en mesurer l’impact financier et opérationnel pour l’entreprise.
Une fois les faits établis, la deuxième phase porte sur leur évaluation. Il s’agit d’identifier précisément l’ampleur des dysfonctionnements ou des fraudes détectées, et d’en mesurer l’impact financier et opérationnel pour l’entreprise.
Enfin, la troisième étape concerne la remédiation. J’assiste les entreprises dans la mise en œuvre des mesures correctives nécessaires : amélioration des procédures internes, renforcement de la communication interne, programmes de formation adaptés. L’objectif est clair : faire en sorte que les faits identifiés ne puissent se reproduire.
Comment les outils d’investigation ont-ils évolué au cours des dernières années ?
L’IA et les outils de traitement de grands volumes de données révolutionnent l’efficacité des enquêtes internes, mais l’expertise humaine reste irremplaçable. Les outils d’investigation ont considérablement évolué ces dernières années. Nous sommes passés du papier aux disques durs, avec des technologies en constante mutation capables de générer des volumes de données exponentiels.
Ces outils nous font indéniablement gagner du temps et améliorent indiscutablement notre capacité à traiter des grands volumes de données, mais ils ne viennent qu’en soutien de l’opinion professionnelle, qu’ils ne remplacent pas.

Si les ressources évoluent, l’objectif reste inchangé : établir un diagnostic à partir de données volumineuses, présenter les options possibles et recommander une stratégie en termes de sanctions internes, de relation aux autorités judiciaires ou de mesures de remédiation.
Il faut savoir lire ces outils et identifier leurs zones d’incertitude, comme un médecin interprète des examens médicaux. L’opinion professionnelle face à une situation reste intrinsèquement liée à l’expertise humaine.
Si les ressources évoluent, l’objectif reste inchangé : établir un diagnostic à partir de données volumineuses, présenter les options possibles et recommander une stratégie en termes de sanctions internes, de relation aux autorités judiciaires ou de mesures de remédiation. Seuls les moyens employés ont évolué.
Au terme de mon analyse, j’engage ma responsabilité sur les recommandations formulées. La relation de confiance entre le client et ses conseillers repose sur cette dimension humaine essentielle. Mon rôle consiste à informer, à fournir des éléments concrets permettant d’appréhender le risque : c’est là ma responsabilité. J’apporte mon conseil, mais la décision finale revient toujours au client – c’est la sienne.
A titre personnel, quelles sont les causes qui vous tiennent à cœur ?
L’éducation, sans hésitation. Elle incarne l’avenir et les graines que nous semons pour les générations à venir. Mon expérience d’écrivain public dans des associations de la Goutte d’Or, auprès de personnes en difficulté, n’a fait que renforcer cette conviction : l’éducation et la transmission des savoirs s’inscrivent dans l’éternité.
Les profils idéaux pour travailler avec vous ?
Je recherche des personnes capables de me surprendre et de m’interpeller, tout en maintenant une rigueur exemplaire. L’idéal : des collaborateurs qui savent tenir un cap défini tout en conservant une forte capacitée d’adaptation.
Les 3 personnes / personnalités avec lesquelles vous aimeriez dîner ? (célèbres ou pas, fictives ou pas, vivantes ou pas)
Francis Bacon que j’ai eu la chance de rencontrer dans une vie antérieure. Ce peintre britannique majeur du XXe siècle m’avait marqué par sa personnalité.
Léonard de Vinci et Jules Verne, deux visionnaires hors du commun, pour découvrir leur regard sur le monde et comprendre ce qui continuerait à les faire rêver aujourd’hui.
Et si on pouvait ajouter deux chaises ? Mes parents, partis trop tôt, pour avoir leur regard sur le monde contemporain et échanger sur les évolutions et bouleversements, positifs et négatifs, que nous connaissons aujourd’hui.
Qu’aimeriez-vous faire différemment dans votre vie quotidienne ?
À côté de ma famille magnifique et de mon métier passionnant, j’aimerais pouvoir m’octroyer quelques heures de déconnexion totale pour me consacrer à la lecture et à la marche.
Le livre que vous lisez actuellement ?
Je m’intéresse beaucoup aux ouvrages de théorie musicale, cette discipline qui marie logique, rigueur et émotion. En ce moment, je lis « Les Bases de l’Harmonie » de Philippe Ganter, un ouvrage assez technique, mais passionnant.
Ce que vous auriez aimé écrire ?
« Belle du seigneur » d’Albert Cohen ou « Le Grand Meaulnes » d’Alain-Fournier, parce que ce sont des œuvres à la fois très personnelles et très universelles.
Propos recueillis par Florence Henriet, rédactrice en chef de la Business & Legal Review.


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