Travailler, c’est aussi structurer la relation.
BLR n° 58 – 26/03/2026

La minute du coach de Virginie JUBAULT
Nous croyons souvent que nos journées sont absorbées par les urgences, les réunions, les mails ou les dossiers. Mais une autre question mérite d’être posée : comment utilisons-nous notre temps dans la relation aux autres ?
L’analyse transactionnelle propose une grille de lecture aussi simple qu’éclairante. Elle distingue six manières de structurer le temps relationnel : le retrait, le rituel, le passe-temps, l’activité, les jeux psychologiques et l’intimité. Six façons d’entrer en lien, de garder ses distances, de coopérer ou, parfois, d’éviter.

Six manières de structurer le temps relationnel : le retrait, le rituel, le passe-temps, l’activité, les jeux psychologiques et l’intimité

Cet outil est précieux dans la vie professionnelle. Il permet de mieux comprendre le niveau de confiance dans une relation, d’identifier ce qui bloque, et de voir comment faire évoluer un échange vers davantage de coopération. Car nous ne passons pas seulement notre temps à travailler : nous passons aussi notre temps à entrer en relation, à l’éviter, à la sécuriser ou à l’approfondir.

Nous ne passons pas seulement notre temps à travailler : nous passons aussi notre temps à entrer en relation, à l’éviter, à la sécuriser ou à l’approfondir

Le retrait, d’abord. Il n’a pas bonne réputation, et pourtant, il est parfois nécessaire. Se taire pour réfléchir. Prendre du recul avant de répondre. Sortir du bruit pour retrouver de la clarté. Le retrait devient problématique seulement lorsqu’il sert à fuir : un conflit, une décision, une discussion inconfortable.

Le retrait devient problématique seulement lorsqu’il sert à fuir
Viennent ensuite les rituels. Ce sont les échanges convenus de la vie sociale : saluer, remercier, demander poliment comment l’autre va. Ils paraissent anodins, mais ils jouent un rôle essentiel : ils reconnaissent l’existence de l’autre. Le risque apparaît quand ils deviennent purement mécaniques et tiennent lieu de relation.

Les rituels … paraissent anodins, mais ils jouent un rôle essentiel : ils reconnaissent l’existence de l’autre.
Avec les passe-temps, on avance d’un cran. On parle de sujets légers, périphériques, sans enjeu direct. Ce sont les conversations de couloir, de déjeuner, d’avant-réunion. Elles peuvent sembler superficielles ; elles sont pourtant souvent utiles. Elles créent un terrain commun, permettent d’apprivoiser la relation, sans s’exposer trop vite. Mais elles peuvent aussi devenir un refuge commode pour éviter les sujets qui comptent.

L’activité constitue le cœur de la vie professionnelle. On se réunit pour décider, produire, arbitrer, résoudre. Le lien s’organise autour d’un objectif commun. C’est souvent là que l’on se sent le plus légitime. Pourtant, l’activité a, elle aussi, son revers : l’activisme. Faire sans pause, enchaîner sans penser, se réfugier dans l’exécution pour ne pas traiter une tension, une lassitude ou un désaccord.

L’activité a, elle aussi, son revers : l’activisme.
Plus délicats sont les jeux psychologiques. Ils apparaissent lorsque l’on cesse de dire franchement ce que l’on pense ou ce que l’on ressent. On reproche sans formuler, on attaque indirectement, on se pose en victime, on sauve sans qu’on n’ait rien demandé. Ces scénarios sont souvent répétitifs. Ils donnent l’illusion de la relation, mais usent la confiance et brouillent les échanges.

Les jeux psychologiques … apparaissent lorsque l’on cesse de dire franchement ce que l’on pense ou ce que l’on ressent.
Reste, enfin, l’intimité, au sens relationnel du terme : une parole directe, sincère, sans masque ni stratégie cachée. Pouvoir dire un désaccord sans agressivité. Formuler un besoin sans détour. Reconnaître une fragilité sans perdre sa place. C’est le mode le plus exigeant, parce qu’il suppose de la confiance. C’est aussi le plus fécond.

Formuler un besoin sans détour. Reconnaître une fragilité sans perdre sa place. C’est le mode le plus exigeant, parce qu’il suppose de la confiance.
Aucun de ces modes n’est, en soi, bon ou mauvais. Tout dépend du moment, du contexte, de l’interlocuteur et de l’objectif. Il ne s’agit ni de bannir le retrait, ni de rêver d’une transparence permanente. Il s’agit plutôt de prendre conscience de la manière dont nous passons d’un mode à l’autre.
La vraie question est peut-être celle-ci : où passe l’essentiel de votre temps relationnel ? Dans le retrait ? Dans les rituels ? Dans l’activité ? Dans des jeux dont personne ne sort gagnant ? Et surtout : quel espace laissez-vous à une relation plus authentique ?
Structurer son temps, ce n’est pas seulement organiser son agenda. C’est aussi choisir, souvent sans le savoir, la forme que l’on donne à ses relations.

Structurer son temps, ce n’est pas seulement organiser son agenda. C’est aussi choisir, souvent sans le savoir, la forme que l’on donne à ses relations.

par Virginie JUBAULT, coach certifiée (CT Transformance) et associée, AVOCOM.

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