ExxonMobil refuse de parler climat et perd un actionnaire majeur
BLR n° 51 – 12/06/2025
Pas de vote et donc pas de débat sur la politique climat d’ExxonMobil lors de son Assemblée Générale 2025. La major pétrolière a gagné son combat contre les résolutions climatiques et perdu un actionnaire majeur, Union Investment, qui détenait 500 millions de dollars d’actions.

Lutter pied à pied contre ses actionnaires qui lui demandent des comptes climatiques plutôt que d’adopter une stratégie crédible de neutralité carbone, tel est le choix fait par la major pétrolière américaine Exxon. Pour la première fois cette année, aucune résolution climat n’a pu être déposée à l’Assemblée générale du groupe pétrolier qui s’en est félicité. Il estime ainsi avoir gagné un bras de fer qu’il mène avec ses actionnaires engagés sur le climat depuis dix ans.
Depuis 2015, chaque assemblée générale d’ExxonMobil comportait au moins une résolution climatique – une pression constante pour forcer le géant pétrolier à s’engager dans la lutte contre le changement climatique.
La première alerte sérieuse pour le groupe a été déclenchée en 2017 quand plus de 60% de ses actionnaires lui ont demandé d’adopter une stratégie climat compatible avec l’Accord de Paris c’est à dire un plan de transition crédible pour atteindre la neutralité carbone.
Le vrai coup de tonnerre est intervenu en 2021, quand deux administrateurs pro climat ont été élus à son conseil d’administration contre la volonté des dirigeants d’ExxonMobil à la suite d’une assemblée générale homérique où les votes ont été comptés et recomptés pour tenter d’invalider le score de la résolution.

La compagnie pétrolière veut éviter que ses actionnaires prennent conscience des risques climatiques qui pèsent sur elle. Alors qu’elle fait face à de multiples procès en responsabilité pour sa contribution au changement climatique dont les contentieux avec Hawaï et la Californie pour son rôle dans les megafeux, elle redoute que ses actionnaires commencent à intégrer le coût de ces risques environnementaux et financiers dans leur calcul de la valeur d’Exxon présente et future.
ExxonMobil pensait avoir gagné la partie grâce à l’élection de Donald Trump. Elle a ainsi pu échapper aux nouvelles obligations de reporting sur les risques climat mises en place par la SEC (Autorité Américaine des Marchés Financiers) en 2024. Ces obligations ont été abrogées le 27 mai 2025. Les entreprises cotées devaient publier un reporting précis et détaillé de l’impact des risques climatiques sur leur business model mais le nouveau président de l’organisation estime que “la SEC doit cesser de s’impliquer dans la mise en œuvre de règles coûteuses et inutilement intrusives”.
Cependant tous les actionnaires ExxonMobil ne sont pas américains et cette stratégie ne plait pas du tout à la société de gestion allemande Union Investment, l’un des premiers actionnaires européens d’ExxonMobil. Son dirigeant a déclaré juste après l’assemblée générale qu’après “un dialogue intense et difficile avec Exxon, il n’avait pas pu identifier d’engagements suffisants permettant d’atteindre les objectifs climat requis pour une transition énergétique crédible”. Union Investment a donc vendu l’intégralité des actions qu’il détenait soit 500 millions de dollars !
Au cœur de leur affrontement, la demande de pétrole. Pour ExxonMobil elle ne cesse de croitre, il faut donc y répondre et considère que ses objectifs ne peuvent concerner l’usage du pétrole par les consommateurs. Union Investment estime de son côté que cette demande de pétrole va forcément baisser à partir de 2030 et qu’en tant qu’actionnaire de long terme, il souhaite investir dans les entreprises qui l’ont compris et préparent sérieusement la suite. Le gestionnaire allemand estime que c’est le cas de TotalEnergies qu’il conserve dans ses portefeuilles hors finance durable. Son offre de produits durables exclut, elle, systématiquement tout le secteur des énergies fossiles.
Concernant Exxon, Union Investment précise : “ Nous n’avons ni clients américains, ni filiales américaines, ni contrats avec l’administration américaine. Nous pouvons donc prendre cette décision sans craindre des représailles !”
Article rédigé par :
Anne-Catherine Husson-Traore – Fondatrice ACT’ors for Sustainability
Anne-Catherine Husson-Traore a dirigé pendant plus de 20 ans Novethic qui a contribué à forger la culture française et européenne de l’économie et de la finance durable. Initialement journaliste, experte en finance durable, elle a une vision systémique des problématiques ESG.
Aurore Bardon – Fondatrice ESG Lab & Society
Aurore Bardon dispose de plus de 20 ans d’expérience en droit social, ESG et transformation stratégique. Elle a exercé ses talents aussi bien auprès de groupes industriels familiaux et d’entreprise cotée au CAC40.

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