2026 d’un risque diffus à un risque structurant, durable et systémique

BLR n° 57 – 26/02/2026


Risques en 2026 : définitions croisées et lecture experte 

Entre tensions géopolitiques, instabilité économique persistante, accélération technologique et urgence climatique, l’année 2026 s’inscrit dans la continuité d’une décennie marquée par des chocs successifs, tout en opérant un basculement : celui d’un risque diffus à un risque structurant, durable et systémique.

À partir des analyses croisées de cinq experts réunis par NAVEX, trois grands axes dominent le paysage des risques en 2026 : l’IA et le numérique, l’ESG et la culture d’entreprise. 

Cet article est un résumé de la première édition du Top 5 Tendances du Risque et de la Conformité en France de NAVEX. 

IA et numérique : d’une innovation rapide à un risque systémique 

Après l’essor de l’IA générative en 2024 et les premières réflexions sur la gouvernance en 2025, 2026 marque une nouvelle étape : celle de la confrontation entre l’innovation technologique et le cadre juridique.

Pour Pierre Berlioz, avocat associé et professeur de droit privé, « la convergence des risques numériques et législatifs crée un environnement instable », dans lequel les entreprises doivent composer avec des obligations mouvantes, des dépendances technologiques accrues et une pression réglementaire sans précédent. 

La convergence des risques numériques et législatifs crée un environnement instable, dans lequel les entreprises doivent composer avec des obligations mouvantes, des dépendances technologiques accrues et une pression réglementaire sans précédent.

Cette instabilité est renforcée par la superposition des textes européens et nationaux, ainsi que par la rapidité d’intégration de solutions numériques encore imparfaitement maîtrisées. L’IA n’est plus seulement un levier de performance : elle devient un facteur de vulnérabilité juridique, sociale et opérationnelle. 

Clara Ripault, avocate spécialisée en digital, prolonge cette analyse en rappelant que 2026 correspond au véritable point d’entrée en vigueur de l’AI Act pour les systèmes d’intelligence artificielle à haut risque. Elle souligne que « même les entreprises sans activité technologique sont concernées dès lors qu’elles déploient des systèmes intégrant de l’IA ». Le risque numérique devient ainsi transversal, touchant l’ensemble des fonctions de l’entreprise. 

Le risque numérique devient ainsi transversal, touchant l’ensemble des fonctions de l’entreprise. 

Ce premier axe fait déjà apparaître une forte convergence avec les autres tendances : l’IA impacte la chaîne de valeur (ESG), reconfigure l’organisation du travail et met à l’épreuve la culture interne, notamment en matière de responsabilité, de transparence et de prise de décision. 

ESG : de l’obligation réglementaire à la stratégie de résilience 

Longtemps perçue comme un exercice de conformité ou de reporting, la démarche ESG change de nature en 2026.

Vera Hermes, journaliste experte en matière d’environnement, observe que, malgré le ralentissement réglementaire au niveau européen, « la pression économique et publique pour prouver la durabilité de manière fiable et transparente augmente ».

La gestion durable devient un facteur de compétitivité, de résilience et d’accès aux financements. 

Malgré le ralentissement réglementaire au niveau européen, la pression économique et publique pour prouver la durabilité de manière fiable et transparente augmente

L’axe social de l’ESG, en particulier, prend une importance accrue tout au long de la chaîne de valeur. Les entreprises ne sont plus seulement responsables de leurs propres pratiques, mais aussi de celles de leurs partenaires, fournisseurs et sous-traitants.

Cette extension du périmètre de responsabilité rejoint directement les constats formulés par Pierre Berlioz sur la dépendance accrue aux écosystèmes numériques, ainsi que ceux de Farah Zaoui sur la nécessité de détecter les signaux faibles en amont. 

L’ESG devient ainsi un point de ralliement : il relie les risques numériques (données, sous-traitance technologique), les risques humains (conditions de travail, éthique, incivilité) et les risques réputationnels. Comme le résume Vera Hermes« la durabilité n’est plus un nice-to-have, mais un facteur de pilotage stratégique »

Culture d’entreprise : un risque invisible mais déterminant 

Enfin, la culture d’entreprise s’impose comme un révélateur transversal de tous les autres risques. Farah Zaoui, conseillère en éthique et probité, insiste sur l’évolution du dispositif d’alerte, qui passe d’une obligation procédurale à un véritable pilier de la gouvernance. Elle rappelle qu’en 2026, « une entreprise sans alerte ne sera plus perçue comme exemplaire, mais comme aveugle à ses propres risques »

Cette lecture est renforcée par l’analyse de Sarah Jo Loveday, DRH et conférencière, selon laquelle l’incivilité, la peur des représailles et les tensions internes constituent désormais des risques de conformité à part entière.

Elle observe que ces signaux culturels sont souvent les premiers indicateurs de défaillances plus graves, qu’elles soient éthiques, sociales ou juridiques. 

l’incivilité, la peur des représailles et les tensions internes constituent désormais des risques de conformité à part entière (…) Ces signaux culturels sont souvent les premiers indicateurs de défaillances plus graves, qu’elles soient éthiques, sociales ou juridiques. 

La connexion est ici manifeste : sans culture de confiance, ni l’IA gouvernée, ni l’ESG piloté par la donnée, ni les dispositifs de conformité les plus sophistiqués ne peuvent produire leurs effets. La culture devient le socle sur lequel reposent toutes les autres réponses au risque. 

La réponse législative et réglementaire : cadrer sans étouffer 

Bien plus qu’un ensemble de textes officiels auxquels tout un chacun doit se soumettre, la loi fait figure de boussole éthique, reflet des enjeux présents et à venir. Maintenant, plus que jamais, celle-ci doit assurer un cadre solide, clair et pertinent. Mais, face à la multitude des menaces, celle-ci joue-t-elle vraiment son rôle de garante de la conformité et de la protection ? 

Encadrer l’IA : l’AI Act et l’ère de la conformité technologique 

L’AI Act constitue la pierre angulaire de la réponse européenne face au risque numérique.

Selon Clara Ripault, 2026 marque un tournant opérationnel : les obligations applicables aux systèmes d’IA à haut risque deviennent effectives, imposant cartographie, classification, gouvernance et supervision humaine. 

Pierre Berlioz complète cette analyse en soulignant que cette nouvelle couche réglementaire s’inscrit dans un contexte déjà saturé, marqué par la transposition de NIS2 et de DORA, ainsi que par les initiatives européennes dites « Digital Omnibus ». Il alerte sur le fait que « les entreprises doivent initier leur mise en conformité dans un cadre encore incomplet et instable », ce qui accroît le risque juridique à court terme. 

Il alerte sur le fait que « les entreprises doivent initier leur mise en conformité dans un cadre encore incomplet et instable », ce qui accroît le risque juridique à court terme. 

L’AI Act introduit ainsi une nouvelle forme de conformité, hybride, à la croisée du droit des produits, de la protection des données et de l’éthique. Cette hybridation crée un lien direct entre les enjeux ESG (qualité des données, impacts sociaux des systèmes) et la culture d’entreprise, notamment en matière de supervision humaine, de responsabilisation et de dialogue social. 

Structurer l’ESG : entre assouplissement européen et exigence nationale 

Sur le terrain de l’ESG, la réponse réglementaire apparaît plus contrastée. Vera Hermes souligne que les ajustements apportés à la CSRD et à la CSDDD, via les procédures Omnibus, allègent temporairement certaines obligations. Toutefois, en France, des textes structurants comme la loi sur le devoir de vigilance, la loi Climat et Résilience ou le décret tertiaire maintiennent un haut niveau d’exigence. 

Cette dualité crée un paysage réglementaire complexe, où la conformité minimale ne suffit plus. Les entreprises doivent anticiper le retour possible d’obligations renforcées et intégrer l’ESG comme un outil de pilotage stratégique, fondé sur des données fiables et une gouvernance robuste. 

Protéger la culture et l’alerte : Sapin II, lois de protection et pratiques 

Enfin, la culture d’entreprise et le dispositif d’alerte bénéficient d’un cadre juridique de plus en plus structurant.

Farah Zaoui rappelle que le renforcement de la protection des lanceurs d’alerte, notamment depuis la loi Warsmann, expose les organisations à de nouveaux risques si les alertes sont mal traitées ou ignorées. 

la confiance reste fragile. La loi fixe des obligations, mais leur efficacité dépend de leur traduction opérationnelle : canaux d’alerte crédibles, prévention des représailles, rapidité de traitement et transparence. 

Les analyses de Sarah Jo Loveday montrent que, malgré des cadres juridiques existants, la confiance reste fragile. La loi fixe des obligations, mais leur efficacité dépend de leur traduction opérationnelle : canaux d’alerte crédibles, prévention des représailles, rapidité de traitement et transparence. 

En 2026, ils (NDLR : les risques) se lisent à travers la capacité des organisations à articuler technologie, durabilité et culture. 

En 2026, les risques ne se définissent plus uniquement par des catégories juridiques ou techniques. Ils se lisent à travers la capacité des organisations à articuler technologie, durabilité et culture. La réponse réglementaire trace un cadre indispensable, mais c’est dans son appropriation stratégique que se joue la véritable résilience. 

Pour en savoir plus sur l’année à venir, n’hésitez pas à télécharger gratuitement le guide NAVEX du Top 5 des Tendances R&C en France en 2026

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