Peur utile, peur chronophage : apprendre à faire le tri
BLR n° 59 – 23/04/2026

La minute du coach de Virginie JUBAULT
La peur a mauvaise presse, alors qu’elle a d’abord une fonction très utile. D’un point de vue psychologique et biologique, c’est un système d’alerte : face à une menace perçue, le cerveau mobilise rapidement le corps pour préparer une réponse.
Cette activation passe notamment par des circuits impliquant l’amygdale, puis par des réponses physiologiques bien connues : accélération du rythme cardiaque, vigilance accrue, libération d’adrénaline et d’autres hormones du stress. Autrement dit, la peur n’est pas un défaut : c’est un mécanisme de protection.

La peur n’est pas un défaut : c’est un mécanisme de protection.

Dans la vie professionnelle, cette peur utile peut améliorer la préparation, l’anticipation et la détection des risques. Elle nous pousse à relire un document sensible, à mieux cadrer une décision, à préparer un échange difficile. Elle attire l’attention sur ce qui mérite d’être traité. Tant qu’elle débouche sur une action concrète, elle remplit sa fonction. Cette idée est cohérente avec ce que l’on sait des mécanismes cérébraux de la peur : certaines régions détectent le signal d’alerte, tandis que des régions du cortex préfrontal contribuent à l’évaluer et à le réguler.

Dans la vie professionnelle, cette peur utile peut améliorer la préparation, l’anticipation et la détection des risques.

Le problème commence lorsque ce système d’alerte se dérègle ou s’emballe. Le cerveau réagit alors à des menaces seulement possibles, floues ou lointaines comme s’il s’agissait de dangers immédiats. La peur ne guide plus l’action : elle nourrit la rumination. Elle ne protège plus vraiment ; elle consomme de la bande passante. C’est le passage d’une peur fonctionnelle à une peur chronophage. Les travaux sur l’anxiété montrent justement qu’une difficulté fréquente tient moins à l’existence de la peur qu’à sa régulation.

Les travaux sur l’anxiété montrent justement qu’une difficulté fréquente tient moins à l’existence de la peur qu’à sa régulation.
Un repère simple peut aider : une peur utile conduit à une action ; une peur chronophage conduit à une boucle.

Une peur utile conduit à une action ; une peur chronophage conduit à une boucle.
Pour faire le tri, trois questions suffisent souvent :
Quel est le risque exact ?
Nommer la peur réduit déjà son emprise.
Ce risque est-il probable, ou seulement possible ?
Beaucoup de nos scénarios internes sont possibles, mais peu probables.
Quelle action concrète puis-je prendre ?
Préparer, vérifier, demander, clarifier, arbitrer : une action même modeste réduit souvent plus l’anxiété qu’une longue rumination.

L’enjeu n’est donc pas de supprimer la peur. Il est d’en faire un signal à exploiter, plutôt qu’un bruit mental à subir. Les peurs utiles nous rendent plus attentifs. Les peurs chronophages nous rendent moins disponibles. Apprendre à distinguer les unes des autres, c’est déjà retrouver de la clarté.

par Virginie JUBAULT, coach certifiée (CT Transformance) et associée, AVOCOM.

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