L’illusion de la finance verte

Photo de la couverture de l’ouvrage, paru en mai 2021 et publié aux éditions l’Atelier.

Face aux enjeux environnementaux et au réchauffement climatique, qui nous concernent tous, se développe une nouvelle branche de la finance, une branche verte ou durable. Cette branche grossit, atteignant des dizaines voire des centaines de milliards selon une comptabilité très imprécise qui additionne des pommes avec des poires, mais surtout des déclarations gratuites qui n’engagent à rien de concret. Malheureusement, seule une toute petite fraction de cette finance est réellement utile à la transition écologique et énergétique.

Car être utile, c’est non seulement accepter de financer des projets verts (et non pas des projets bruns!) mais aussi fournir ce capital avec une exigence de rentabilité moindre pour inciter à leur mise en œuvre. Moins cette exigence est élevée, plus nombreux seront les projets verts. Car la rentabilité de l’investisseur, c’est bien sûr le coût du capital payé par l’entrepreneur.

La finance verte ne fait pas cela. L’obligation verte par exemple coûte aussi cher à son émetteur qu’une obligation lambda. La finance verte finance ce qui est rentable comme la finance l’a toujours fait, et c’est l’Etat qui finance le fossé entre l’investissement vert et sa rentabilisation.

Le reste est un décor qui permet de collecter les fonds de clients qui se sentent “concernés” par la durabilité, mais pas au point d’y sacrifier un seul centime. Cette finance verte n’adopte aucune règle de gestion potentiellement pénalisante basée sur des critères extra-financiers, indépendamment du financier : cela représenterait un handicap de compétitivité/coût mortel dans ce secteur très concurrentiel.

Anecdote de Julien Lefournier

En 2008, la Banque mon­diale a émis la première obligation verte de l’histoire. A l’époque, j’ai trouvé que c’était peut­-être une bonne idée. J’ai appelé une très grande entreprise française qui m’a répondu: “oui, mais qu’est-ce que j’y gagne ?” Mon interlocuteur voulait naturellement une prime verte pour le financement de son projet vert. J’ai en­suite appelé un grand investisseur insti­tutionnel qui m’a répondu : “Et moi, qu’est-ce que j’y gagne ?” Chacun voulait être récompensé (encouragé) pour sa vertu. De ce point de vue initial, le marché n’a pas évolué.

Biographie des auteurs :

  • Alain Grandjean est le président de la fondation Nicolas Hulot et membre du Haut conseil pour le climat. Il est aussi cofondateur et associé à Carbone 4, cabinet de conseil en stratégie climat et il est l’auteur d’Une monnaie écologique (Odile Jacob, 2020) et de Financer la transition énergétique avec Mireille Martini en 2016 (éditions de l’Atelier).
  • Julien Lefournier, diplômé de l’Ecole des Mines de Paris, a travaillé pendant vingt-cinq ans sur les marchés financiers. Il a quitté l’industrie bancaire et est aujourd’hui consultant indépendant.

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