PDG, directeurs juridiques et compliance : connaissez-vous le pouvoir méconnu de la paranoïa positive ?  

BLR n° 54 – 13/11/2025

temps de lecture 3 minutes

Par Cyril Naudin, senior managing director, head of investigations & compliance et Emilie Gorenflot, senior director, investigations & compliance, FTI consulting.

Les années récentes ont enseigné aux dirigeants qu’ils doivent être préparés à un paysage en constante évolution et incertain. 

L’année 2025 touche à sa fin, laissant bientôt place à une année 2026 qui s’annonce déjà riche en opportunités et en défis. S’il y a une certitude concernant les perspectives pour 2026, c’est que les dirigeants d’entreprise seront confrontés à de nombreux défis – certains prévisibles, d’autres qui surviendront par surprise. Certains dépassent même l’imagination. 

Les événements de type « cygne noir » se produisant de plus en plus souvent, la capacité à gérer ces crises est désormais, pour de nombreux dirigeants, aussi importante que l’élaboration de stratégies et l’optimisation des activités. 

Ces événements dits de « cygne noir » nécessitent une attention immédiate et détournent souvent l’attention des opérations courantes. En examinant les crises passées, nous savons que les erreurs, les réactions lentes et les décisions erronées peuvent être coûteuses et mettre les organisations face à de fortes difficultés. 

En examinant les crises passées, nous savons que les erreurs, les réactions lentes et les décisions erronées peuvent être coûteuses 

Les résultats d’une étude de FTI Consulting portant sur 100 événements de type « cygne noir » sur une période de 20 ans sont stupéfiants : 32 % des cadres supérieurs ont perdu leur emploi, 200 milliards de dollars de capitalisation boursière ont été perdus et 14 % des entreprises étudiées ont fait faillite. Compte tenu de la variété des crises modernes – allant des cyberattaques et des comportements anticoncurrentiels, aux enquêtes gouvernementales et sanctions financières – l’absence totale de crise pour une grande entreprise sur une période de cinq ans est un scénario hautement improbable. 

L’absence totale de crise pour une grande entreprise sur une période de cinq ans est un scénario hautement improbable. 

Alors comment les dirigeants d’entreprise devraient-ils se préparer aux nouveaux défis des années à venir ? 

Diriger une entreprise aujourd’hui nécessite une nouvelle approche : la « paranoïa positive ». Grâce à une gestion proactive des risques, à des investissements dans les zones de vulnérabilité et un sens aigu de la curiosité, les dirigeants peuvent utiliser cet état d’esprit pour s’assurer que leur entreprise est résiliente face aux chocs futurs et à la capacité d’innover. 

Diriger une entreprise aujourd’hui nécessite une nouvelle approche : la « paranoïa positive ». 

Comme l’a sagement déclaré Albert Einstein, nous ne pouvons pas résoudre les problèmes en utilisant le même mode de pensée que celui qui les a créés. 

Voici trois actions essentielles que les dirigeants peuvent déployer pour adopter un état d’esprit de paranoïa positive : 

1 . Testez vos hypothèses à l’épreuve du stress

Malgré la conscience que le changement est inévitable, les dirigeants manquent souvent d’opportunités pour capitaliser sur les circonstances qui positionneraient leur entreprise pour le succès futur. Une enquête réalisée par FTI Consulting en 2021 a révélé que 50 % des entreprises du G20 ne pensaient pas être suffisamment proactives dans la conduite du changement. 

Pour se prémunir contre cela, les dirigeants doivent rechercher des points de vue diversifiés qui remettent en question leurs hypothèses. Il est crucial de mettre en place des systèmes d’information ou des « capteurs » aptes à détecter les changements parfois subtils se produisant en marge de l’entreprise. C’est souvent là que l’on peut observer les premiers indicateurs de points d’inflexion. Cette vigilance s’applique également au paysage politique et réglementaire en constante évolution. Il est recommandé d’évaluer la capacité de l’entreprise à s’adapter aux nouvelles réglementations et aux obligations en découlant. Il est clé de se poser des questions telles que : Comment allez-vous anticiper ces changements ? Présentent-ils des défis ou des opportunités ? 

Les dirigeants doivent rechercher des points de vue diversifiés qui remettent en question leurs hypothèses.

2. Accélérer la prise de décision

Les pilotes prennent des décisions judicieuses et urgentes sous pression, que ce soit en raison des conditions météorologiques ou d’un autre aléa. Les dirigeants d’entreprise performants se distinguent également par leur capacité à réfléchir sous pression et à agir une fois la décision prise. Selon une récente enquête menée par FTI Consulting, après les compétences financières, la détermination est la qualité que les investisseurs souhaitent le plus voir chez un PDG ou un directeur juridique. 

Quelle que soit la crise, il est impératif que les dirigeants privilégient l’acquisition et l’analyse de données fiables pour garantir une prise de décision solide, rapide et efficace. 

La planification basée sur des scénarios a un rôle à jouer. Elle permet aux dirigeants d’évaluer la capacité de réponse de l’organisation face à une crise et révèle les faiblesses qui entraveraient la rapidité de la collecte d’informations cruciales. Ces points faibles peuvent être dus à une rigidité organisationnelle, aux distorsions causées par les multiples niveaux hiérarchiques ou la politique interne, à la complexité de la situation, à des lacunes en termes de compétences, aux défis de communication ou à une multitude d’autres raisons. Il est essentiel que les dirigeants s’attaquent à ces obstacles lorsqu’ils y sont confrontés. 

La planification basée sur des scénarios a un rôle à jouer.

L’opposé d’une doctrine de paranoïa positive est de s’asseoir sur l’information. Ce qui distingue les équipes de direction, c’est leur capacité à adopter un point de vue objectif et à réagir aux faits avant qu’ils ne se concrétisent. 

3. Construisez votre écosystème 

Au sein de l’entreprise, le PDG ou le directeur juridique devra déterminer avec précision quel cadre dirigeant sera responsable de la gestion de chaque scénario de crise spécifique – par exemple, le directeur des ressources humaines dans le cas d’un incident de conduite inappropriée d’un employé. Cependant, il y aura des situations où le responsable naturel n’est pas évident en raison des conséquences étendues de l’événement sur l’entreprise, de sa nature rapide ou d’un manque d’expertise ou d’expérience sur la façon de réagir. 

Le PDG ou le directeur juridique devra déterminer avec précision quel cadre dirigeant sera responsable de la gestion de chaque scénario de crise spécifique. 

Il est nécessaire de prendre le temps de réfléchir à ceux qui seront les mieux placés pour piloter ces situations et comment ces derniers auront accès aux informations essentielles pour arriver à une conclusion claire, systématique et rapide. Il faut se demander qui devra compléter les compétences de ces leaders et quels talents peuvent être redéployés pour apporter de l’aide. 

Dans les premiers stades d’une crise, les premiers intervenants désignés font face à une pression immense. Ils doivent analyser la situation, identifier les causes, rassembler des données et mettre en œuvre des solutions. Ont-ils les outils pour y parvenir ? Peuvent-ils maintenir les activités habituelles de l’entreprise ? Y a-t-il des changements à court terme à apporter pour réorienter les compétences ou la demande ? Il est également judicieux d’avoir une liste approuvée d’experts externes et de contractants qui pourront être sollicités, afin obtenir des conseils et alléger la pression. 

Les dirigeants qui créent de la valeur dans une crise sont ceux qui utilisent leur paranoïa positive comme une défense et réinterprètent ces événements comme des tremplins vers leurs objectifs. 

Dans un environnement économique et géopolitique en constante évolution, où la liste des « cygnes noirs » potentiels est vaste, multiforme et croissante, un leadership efficace est un avantage concurrentiel. C’est un atout qui a le pouvoir de construire le succès futur d’une entreprise. Étant donné qu’aucune position gagnante n’est permanente, la façon dont une entreprise gère un événement de type « cygne noir » peut être le plus grand déterminant de sa valeur future et de sa réputation. Les dirigeants qui créent de la valeur dans une crise sont ceux qui utilisent leur paranoïa positive comme une défense et réinterprètent ces événements comme des tremplins vers leurs objectifs. 

Les études citées : FTI Consulting Resilience Barometer et FTI Consulting CEO Leadership Redefined 2023 report

Article original rédigé en Anglais par Lars Faeste, FTI Consulting EMEA Chairman 

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