Le bouc émissaire : un signal du système, pas un problème individuel
BLR n° 54 – 13/11/2025
La minute du coach de Virginie Jubault
Dans tout groupe humain, des tensions finissent toujours par apparaître. Mais plutôt que de les affronter collectivement, il arrive qu’elles se cristallisent sur une personne : le “bouc émissaire”. En systémique, ce mécanisme n’est pas vu comme la faute d’un individu, mais comme le symptôme d’un déséquilibre global.

En systémique, ce mécanisme n’est pas vu comme la faute d’un individu, mais comme le symptôme d’un déséquilibre global.

Le bouc émissaire porte, malgré lui, les dysfonctionnements du système. On lui attribue, souvent inconsciemment, la responsabilité de ce qui ne va pas.
Le groupe, pour préserver une forme de cohérence, canalise sa tension sur un seul membre : mieux vaut un coupable unique que l’incertitude partagée. Le bouc émissaire devient ainsi le symptôme visible d’un malaise invisible.

Il ne s’agit pas de « sauver » la personne pointée du doigt, ni de déterminer qui a tort ou raison, mais de comprendre les modes de régulation du groupe.
« Que se passe-t-il entre nous ? », plutôt que : « Qui a fait quoi ? ».
Les interactions sont beaucoup plus intéressantes à observer que d’écouter le discours de chacun.
Où sont les alliances ? Quelles sont les loyautés invisibles ? Qui sont les exclus ? Quels sont les non-dits ? (ce qui ne peut pas se dire s’exprime autrement, notamment à travers le bouc émissaire)
Quelle est la fonction du bouc émissaire ? Quelle tension collective exprime-t-il ?
Par exemple, un collaborateur jugé “trop critique” peut simplement traduire un besoin d’écoute ou de clarté qui manque à l’ensemble de l’équipe.

La systémie nous invite alors à déplacer le regard : au lieu de chercher qui a tort, on cherche ce qui se joue.
Cette mise en conscience transforme la posture du groupe. Lorsque les membres reconnaissent que le problème est dans la relation — et non dans une personne — le système retrouve de la souplesse. Les responsabilités se redistribuent, les liens se rééquilibrent, et le « bouc émissaire » peut redevenir un membre à part entière.
Ce travail est souvent conduit par un professionnel de la relation, extérieur au groupe qui sert de miroir neutre : il ne juge pas, il régule. Son intervention repose sur des questions ouvertes, sur la reformulation et sur la reconnaissance des émotions collectives. Il soutient la curiosité du groupe face à son propre fonctionnement.

Finalement, la présence d’un bouc émissaire est une opportunité : celle de comprendre ce que le système cherche à dire à travers lui.
Finalement, la présence d’un bouc émissaire est une opportunité : celle de comprendre ce que le système cherche à dire à travers lui. Quand le groupe accepte de regarder ce signal plutôt que de le faire taire, il gagne en maturité et en coopération. Les membres redécouvrent leur part de responsabilité et la liberté d’agir autrement.
par Virginie Jubault, coach certifiée (CT Transformance) et associée, Avocom.

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