Anticiper, éclairer, orienter : le portrait de Donatien de Longeaux

BLR n°58 – 26/03/2026

Photo de couverture : Donatien de Longeaux, General Counsel (directeur juridique) France, UBS

Crédit photo : Richard BORD

20 ans dans une même maison, qu’est-ce que cela dit de vous ? 

Vingt ans dans une entreprise, cela dit d’abord une forme de fidélité. Mais pas une fidélité passive. C’est la capacité à relever constamment les défis dans un environnement en mouvement au gré de l’évolution de la stratégie de la banque et des besoins des clients. 

Si je suis resté chez UBS, c’est aussi parce que je suis attaché à la marque qui toujours vise l’excellence. Avec le temps, je me suis forgé des convictions, une profondeur de raisonnement. Les défis qui se posent sont multiples et incluent l’intelligence artificielle bien entendu, ainsi qu’un foisonnement réglementaire et normatif toujours plus intense. 

Les défis qui se posent sont multiples et incluent l’intelligence artificielle bien entendu, ainsi qu’un foisonnement réglementaire et normatif toujours plus intense. 

Quelle est la place du directeur juridique dans une banque ? 

Dans une banque comme celle pour laquelle je travaille, la maîtrise du risque juridique est essentielle. Le General Counsel fait pleinement partie du comité exécutif et participe aux décisions stratégiques. Son rôle dépasse largement la seule validation juridique : il est celui qui anticipe, éclaire, oriente et sécurise. 

Mon parcours – avocat spécialisé en produits dérivés chez Gide après avoir été juriste dans des banques d’investissement française et américaine avant de rejoindre UBS pour donner une nouvelle impulsion à la direction juridique à Paris – m’a conduit à intervenir sur un spectre étendu : réglementation bancaire et financière bien sûr mais aussi, au gré de dossiers parfois très importants, des sujets fiscaux, de droit du travail, sans oublier le droit pénal des affaires.

Le General Counsel fait pleinement partie du comité exécutif et participe aux décisions stratégiques. Son rôle dépasse largement la seule validation juridique : il est celui qui anticipe, éclaire, oriente et sécurise. 

Ces matières ne sont pas cloisonnées ; elles se croisent dans des dossiers structurants susceptibles d’engager la responsabilité pénale de l’établissement et ses dirigeants. En n’omettant jamais la dimension réputationnelle qui prend vite une importance considérable. 

J’évolue dans un environnement normatif dense, marqué par Bâle I, II et III, MIFID I et II, Solvabilité, CRD IV et V mais aussi Accessibilité et tant d’autres. C’est au contact des opérations qu’on se rend compte que le directeur juridique est un chef d’orchestre : il lui revient non seulement de donner le tempo en hiérarchisant les priorités, mais également de convoquer la réglementation idoine au bon moment, à la juste mesure, le tout dans une démarche à la fois logique, mesurée et harmonieuse. 

Le directeur juridique est aussi au cœur de l’offre de produits et de services : il accompagne les banquiers dans la structuration de leurs projets avec les clients. Les juristes n’interviennent pas seulement en aval pour corriger ; ils se placent en amont, au cœur de la chaîne de valeur, pour proposer, anticiper. De ce point de vue, la documentation contractuelle ne peut que traduire toujours plus fidèlement la compréhension réciproque de l’opération envisagée et les objectifs qu’elle poursuit. 

Proche de la direction générale, rattaché à celle-ci, le directeur juridique est un homme ou une femme qui cherche avant tout des solutions.

Véritable business partner, il détecte les tendances, intervient dès l’origine des projets, à commencer par ceux portés par la direction générale, et aide à anticiper les attentes des clients.

Il observe et analyse, il agit au cœur des opérations et diffuse une culture juridique auprès des équipes. 

Proche de la direction générale, rattaché à celle-ci, le directeur juridique est un homme ou une femme qui cherche avant tout des solutions.

Il ne se limite pas à la technique juridique : il s’appuie sur un réseau solide, interne et externe, sait vers qui se tourner, à quel moment et pour poser les bonnes questions. 

Former les jeunes juristes au plus près du business, comprendre intimement les métiers et développer un réseau international sont des conditions essentielles de l’efficacité de la fonction que j’occupe. 

 Dans mon rôle, la négociation est centrale : avec les clients pour leurs opérations mais aussi, parfois, dans un contexte moins consensuel. Elle ne s’oppose pas à la justice, elle en constitue l’une des expressions, peut-être plus moderne, moins heurtée, mieux acceptée. La loi Sapin II de décembre 2016, avec la création de la convention judiciaire d’intérêt public, en est une parfaite illustration : le succès qu’elle a immédiatement connu en témoigne. La médiation comme mode alternatif du règlement des conflits progresse aussi. Elle est même souvent requise par les tribunaux avant l’audiencement de certaines affaires. 

Quelle place tient votre réseau ? 

Je suis administrateur et trésorier du Cercle Montesquieu, premier think tank français qui rassemble des directeurs juridiques de sociétés françaises et étrangères présentes en France. Au sein du Cercle, je co-dirige également la commission Justice et régulation économiques. Membre du comité juridique de l’AMAFI, l’association qui regroupe les établissements professionnels des marchés financiers. 

La souveraineté devient centrale en investigation : elle questionne le partage d’informations, les relations avec les autorités et la gestion des données.

Cela m’apporte beaucoup. L’on y reçoit au moins à la mesure de ce qu’on est capable de donner. Ce n’est pas une station de ravitaillement, c’est un échange avec ses pairs. Cela permet de se confronter à d’autres pratiques, d’autres préoccupations, se forger un avis d’autant plus pertinent. Le réseau est un fil ininterrompu, car l’autre met volontiers à disposition ses contacts pour confronter un point de vue, obtenir un éclairage sur un point précis, partager des bonnes pratiques. 

Les rencontres sont formidables et toujours un moment unique ! J’ouvre mon champ de vision sur et vers le monde, des pouvoirs publics aux dirigeants d’entreprises de la tech, des gens issus de tous horizons. 

L’intelligence artificielle va-t-elle transformer votre métier ? 

Il est loin le temps des recherches dans les encyclopédies juridiques physiques ! Mais l’IA n’est pas sans défaut, avec ses biais et ses hallucinations. 

C’est là que l’œil du juriste prend tout son sens : sa capacité d’intuition et d’anticipation et sa propension à vérifier lui permettent de déjouer les pièges et les imperfections. Encore faut-il savoir formuler le bon prompt, poser la bonne question tout en poussant la machine dans ses retranchements : telle est la nouvelle mission du juriste, bien réel, lui, et sans artifice. 

Et à la différence de la machine, le métier que j’exerce est aussi – et surtout – fait de contact humain. La relation d’un client et son banquier naît d’un contact.

Et à la différence de la machine, le métier que j’exerce est aussi – et surtout – fait de contact humain. La relation d’un client et son banquier naît d’un contact. Pourquoi en serait-il autrement entre ce dernier et celles et ceux qui contribuent à répondre aux besoins de son client ? 

Le directeur juridique guide et oriente. L’expérience qu’il a acquise lui permet de compléter la réponse de l’IA. 

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été avocat ou directeur juridique ? 

J’aime profondément mon métier. On ne se travestit pas dans ce métier et on ne remplit pas sa mission en n’aimant pas ce métier ! Les sujets, par leur variété et leur complexité, ne connaissent pas la valeur temps. On se pose en permanence des questions sur les dossiers, on se remet en cause. Je suis habité par mon rôle. 

Quelles sont vos qualités ? 

Dans ce métier, il est essentiel d’être rigoureux dans son raisonnement, synthétique mais aussi avoir une ouverture d’esprit, aimer le contact humain, avoir envie de servir et de progresser. Au fil des années, j’ai certainement acquis une forme de résilience et de patience.

Je suis déterminé et j’ai envie de toujours faire mieux. 

Je suis déterminé et j’ai envie de toujours faire mieux. 

Vous êtes attaché à un lieu familial en Bretagne. Que représente pour vous cet ancrage, au-delà du patrimoine, en termes de transmission et de continuité ? 

 Aimer ce que l’on fait, apprendre, savoir partager, moderniser pour pérenniser sans dénaturer, transmettre : tels sont pour moi les traits communs à mon métier et ce lieu qui m’est si cher ! 

Quelle est la question que je ne vous ai pas posée ? 

Comment voyez-vous votre métier à cinq ans ?

Je le vois encore plus proche du centre de décision. Le directeur juridique est là pour prévenir le risque ultime pour l’entreprise : ses agréments retirés, le cas échéant, et un risque toujours plus grand de voir engagée la responsabilité de l’entreprise et ses dirigeants.

Le directeur juridique sera à la tête d’une équipe en mesure de donner des avis dont la confidentialité nouvellement reconnue sera préservée.

Concourant à l’intérêt général, le juriste d’entreprise sera plus à même d’échanger des données sensibles au sein de son entreprise. Préserver la confidentialité des avis juridiques n’a rien à voir avec la volonté de cacher des pratiques douteuses, bien au contraire !

Le directeur juridique est là pour prévenir le risque ultime pour l’entreprise.  

La protection renforcée des droits humains et le devoir de vigilance vont continuer à accroître le besoin de conseil aux dirigeants : qui de plus légitime dans l’entreprise pour le faire que le directeur juridique ?

Interviewé par Virginie JUBAULT, coach certifiée (CT Transformance) et associée, AVOCOM.

  

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