Lanceurs d’alerte : pourquoi la confiance reste le maillon faible des dispositifs européens
BLR n° 61 – 18/06/2026
Par La rédaction de NAVEX France

Les entreprises européennes ont considérablement renforcé leurs programmes d’éthique et de conformité ces dernières années. Sous l’effet de la Directive européenne sur les lanceurs d’alerte, les dispositifs se sont structurés à grand renfort de canaux de signalement, procédures d’enquête, formations, gouvernance, suivi des dossiers.
Pour autant, la conformité des systèmes ne garantit pas leur efficacité. Car un canal d’alerte n’a de valeur que s’il est utilisé. Et pour être utilisé, il doit inspirer confiance.
C’est l’un des principaux enseignements du rapport Lancement d’alerte et conformité en Europe 2026 publié par NAVEX. Fondée sur l’analyse de plus de 2,37 millions de signalements et les réponses de plus de 1 100 professionnels du risque et de la conformité à travers le monde, l’étude met en lumière un paradoxe européen : alors que les cadres réglementaires se renforcent, la culture de la prise de parole progresse plus lentement.
Un faible niveau de signalement est-il forcément une bonne nouvelle ?
Les chiffres révèlent un écart significatif entre l’Europe continentale et d’autres régions du monde. Les organisations européennes enregistrent en moyenne :
– 0, 85 signalement pour 100 salariés en Europe continentale
– 1, 65 signalement pour 100 salariés au niveau mondial
– 1, 86 signalement pour 100 salariés en Amérique du Nord

Loin de témoigner nécessairement d’un environnement plus vertueux, ce résultat peut aussi refléter des freins persistants à la prise de parole. Plusieurs facteurs comme la méconnaissance des dispositifs, la crainte des représailles ou le manque de confiance dans le traitement des alertes peuvent expliquer cette sous-déclaration.
Pour les responsables conformité, le nombre de signalements constitue donc un indicateur à interpréter avec prudence. Un volume limité d’alertes ne renseigne pas uniquement sur le niveau de risque ; il dit aussi quelque chose de la confiance accordée au dispositif.

Le nombre de signalements ne mesure pas seulement l’exposition aux risques. Il reflète aussi la confiance que les collaborateurs accordent au dispositif d’alerte.
L’anonymat, révélateur d’une confiance encore fragile

Le recours à l’anonymat constitue un autre indicateur intéressant.
En Europe continentale, 58 % des signalements sont effectués de manière anonyme. Cette possibilité de ne pas dévoiler son identité joue un rôle essentiel dans la protection des lanceurs d’alerte et demeure indispensable dans certaines situations sensibles.
Mais lorsque l’anonymat devient la norme plutôt que l’exception, il peut aussi traduire une inquiétude persistante quant aux conséquences d’un signalement ou à la manière dont celui-ci sera traité.
Pour les organisations, l’enjeu dépasse donc la simple mise à disposition d’un canal sécurisé. Il s’agit également de démontrer, dans la durée, que les alertes sont traitées avec impartialité, confidentialité et sans représailles.
Des équipes conformité confrontées à une complexité croissante
L’étude met aussi en évidence la pression qui s’exerce sur les fonctions conformité.
En Europe continentale, le délai médian de clôture des enquêtes atteint 53 jours, contre 28 jours au niveau mondial. Un écart qui reflète la complexité croissante des investigations, mais aussi l’environnement réglementaire dans lequel évoluent les entreprises européennes.
CSRD, RGPD, AI Act, devoir de vigilance, lutte contre la corruption… Les textes se multiplient et les interactions entre obligations réglementaires deviennent plus difficiles à gérer.
Le rapport indique ainsi que 43 % des organisations européennes sont confrontées à des exigences réglementaires qui se chevauchent, tandis que plus d’un tiers déclarent rencontrer des difficultés dans la mise en œuvre de leurs programmes de conformité.

Cette accumulation d’obligations mobilise fortement les équipes et peut allonger les délais de traitement, au risque d’affecter l’expérience des collaborateurs qui ont pris la décision de signaler une situation.

En Europe continentale, le délai médian de clôture des enquêtes atteint 53 jours, contre 28 jours au niveau mondial.
Après la conformité, l’enjeu de la crédibilité
En France, la loi Sapin II continue de structurer les dispositifs de conformité dix ans après son adoption. Elle demeure un cadre de référence majeur en matière de prévention de la corruption et de gouvernance des risques, mais la prochaine étape semble se situer ailleurs.
Pour de nombreuses organisations, le défi n’est plus tant de déployer de nouveaux outils que de renforcer la crédibilité des dispositifs existants. La visibilité des canaux d’alerte, l’implication du management, la qualité du suivi des dossiers ou encore la communication autour des actions menées deviennent des leviers aussi importants que les exigences réglementaires elles-mêmes.

Les données du rapport NAVEX rappellent finalement une réalité souvent observée sur le terrain : la confiance ne se décrète pas. Elle se construit au fil des pratiques, de la transparence et de la cohérence entre les engagements affichés et les actions réellement mises en œuvre.

La prochaine étape de maturité des programmes d’éthique ne consiste plus à déployer de nouveaux outils, mais à renforcer la crédibilité de ceux qui existent déjà.
Pour les directions juridiques, conformité et ressources humaines, la question n’est donc plus seulement de savoir si leur dispositif répond aux exigences réglementaires. Elle est de déterminer s’il est suffisamment crédible pour que les collaborateurs choisissent de l’utiliser lorsqu’une situation l’exige.
Car si les entreprises européennes ont largement progressé sur le terrain de la conformité, la confiance, elle, reste encore à consolider.
Pour en savoir plus sur les tendances qui transforment les programmes d’éthique et de conformité en Europe, téléchargez gratuitement le rapport NAVEX 2026 Lancement d’alerte et conformité en Europe.

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