« Le rôle du juridique n’est pas d’être un frein ou uniquement centré sur la gestion des risques »  

Kamal RHAZALI, secrétaire général et directeur juridique de la branche Luxe & Lifestyle du GROUPE ACCOR. (en photo)

BLR n° 57 – 26/02/2026

Lecture en 4 minutes

Juridique, RH et périmètre commercial, qui a dit qu’un secrétaire général ne pouvait avoir un périmètre opérationnel très large ? C’est en tout cas celui de Kamal Rhazali, secrétaire général et directeur juridique de la branche Luxe & Lifestyle du géant hôtelier Accor depuis 3 ans. Une arrivée à un moment clé de la transformation du groupe qui représente plus de 5 700 hôtels dans plus de 110 pays et plus de 45 marques. 

Quel est votre parcours et comment est organisé votre secrétariat général ? 

Avant de rejoindre Accor en février 2023 en tant que secrétaire général et directeur juridique de la branche Luxe & Lifestyle, j’étais directeur juridique et secrétaire du board de Katara Hospitality, développeur, propriétaire et gérant d’hôtels de luxe contrôlé par Qatar Investment Authority, le fonds souverain du Qatar. Je siège au comité exécutif Groupe, à celui de la division Luxe-Lifestyle ainsi qu’au comex d’investissements de cette dernière.

Le secrétariat général que je pilote a la charge de mettre en œuvre la stratégie d’Accor. Dans ce cadre, je supervise les fonctions juridiques, ressources humaines et commerciales.

Je collabore avec les directeurs juridiques de chaque maison, afin d’assurer une approche cohérente et homogène, notamment dans nos relations contractuelles avec les propriétaires.  

Le secrétariat général que je pilote a la charge de mettre en œuvre la stratégie d’Accor. Dans ce cadre, je supervise les fonctions juridiques, ressources humaines et commerciales. 

J’ai intégré les rangs d’Accor un peu après la création de deux nouvelles divisions : l’une pour abriter les marques Economique et Milieu de gamme et l’autre dédiée à celles orientées Luxe & Lifestyle et placée sous la direction de Sébastien Bazin, PDG d’Accor. Ce changement majeur a été complexe à mettre en œuvre. Accompagner ce jalon clé de la mue du groupe m’a permis de participer à la construction de la nouvelle organisation : structuration des équipes, définition des méthodes de travail, mise en place des processus. J’ai aussi eu la chance d’être engagé au moment de la nomination des CEO des marques. Nous avons ainsi pu définir ensemble nos modes de fonctionnement et établir les bases de notre collaboration dès le départ. 

Comment s’articule votre périmètre et celui de Besma Boumaza ?  

Besma Boumaza est la directrice juridique et compliance Groupe et secrétaire du conseil d’administration, mais elle est également la general counsel de la division Economique & Milieu de gamme. Nous travaillons main dans la main. Nous animons ensemble la communauté des responsables juridiques travaillant pour le groupe en nous assurant que les informations et les bonnes pratiques qui sont d’un intérêt commun sont bien partagées. 

Au total, avec les équipes de Besma, nous sommes plus de 150 personnes à travailler pour le Legal (Groupe & divisions), dont une dizaine de personnes sur la compliance.

Au total, avec les équipes de Besma, nous sommes plus de 150 personnes à travailler pour le Legal (Groupe & divisions), dont une dizaine de personnes sur la compliance.  Les équipes sont implantées dans des hubs stratégiques comme Paris, Dubaï, Singapour, New York, São Paulo ou Shanghai.  

Que pouvez-vous nous dire des bonnes pratiques en matière de conformité  

Pour la compliance, il n’y a qu’une seule et même approche, dont la gouvernance relève du périmètre de Besma. L’objectif est d’éviter toute disparité entre les marques, d’autant plus que certains partenaires détiennent plusieurs hôtels au sein du groupe.  

Pour la compliance, il n’y a qu’une seule et même approche (…). L’objectif est d’éviter toute disparité entre les marques,

Avant de signer un contrat de management hôtelier ou tout autre accord, un processus de Know your Customer (KyC) rigoureux est systématiquement réalisé au sujet du propriétaire de l’établissement hôtelier ou de l’investisseur.

Ce contrôle est obligatoire et validé par l’équipe en charge de la compliance.

Dans certains cas, des vérifications plus approfondies peuvent être menées, si nécessaire. 

Quels sont vos prochains rendez-vous clés ? 

Dans les mois à venir, nous avons des échéances clés. La plus emblématique est le lancement et la mise en service du plus grand voilier du monde, l’Orient Express Corinthian, un projet hautement stratégique à la fois pour la marque Orient Express et, plus largement, pour le groupe. La livraison du premier navire est prévue en avril. Un second voilier suivra un an plus tard.

Il s’agit d’un trois-mâts de 220 mètres de long, comprenant seulement 54 cabines, ce qui illustre notre positionnement sur le segment de l’ultra-luxe. Très peu d’opérateurs hôteliers se sont engagés sur ce marché. Il ne s’agit pas d’un bateau de croisière, mais d’un yacht à voile d’exception, conçu comme une expérience exclusive et inédite. 

Quelle est votre principale ambition en tant que manager ? 

Le rôle du juridique n’est pas d’être un frein ou uniquement centré sur la gestion des risques.

Il ne s’agit pas de bloquer les projets, mais d’accompagner le développement, les CEO des marques et, plus largement, la stratégie du groupe.

Ma priorité est de renforcer l’agilité du secrétariat général ainsi que son positionnement de business partner.  

Je suis très attaché à cette vision : utiliser la technologie pour libérer du temps et recentrer les juristes sur l’analyse, le conseil stratégique et l’accompagnement du business. 

Je suis très attaché à cette vision : utiliser la technologie pour libérer du temps et recentrer les juristes sur l’analyse, le conseil stratégique et l’accompagnement du business. D’importants investissements ont été consentis dans le domaine de la tech et de l’IA. Nous avons développé plusieurs outils internes dédiés à la revue et à la rédaction de contrats. Ils ont été mis à la disposition de toute la communauté juridique. En complément, nous utilisons des solutions externes de legaltechs, comme Legora, ainsi que GenIA-L de Dalloz pour la recherche juridique.  

Quels sont les acteurs qui accompagnent le secrétariat général ? 

Il n’y a pas de panel de prestataires arrêté. Nous sollicitons ceux que nous estimons les plus pertinents pour des tâches spécifiques.

Nous travaillons avec les grands cabinets de la place comme Gide, Cleary Gottlieb, A&O Shearman ou Proskauer Rose.

Quand les sujets sont très spécifiques et requièrent une expertise particulière, sur le luxe, par exemple, nous faisons appel à des cabinets de niche.

Côté legaltechs, je peux mentionner Legora. Pour le conseil stratégique, nous travaillons notamment avec Bain & Company et Alvarez & Marsal pour leur expertise dans le domaine de l’hospitalité. 

 Propos recueillis par Emmanuelle Serrano, journaliste 

Programme GACS26

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