« La proximité entre juristes et équipes opérationnelles est essentielle pour que la fonction juridique apporte une réelle valeur ajoutée »
Antoine VIGNIAL, secrétaire général de Saint-Gobain. (en photo) / © Photo : Jean CHISCANO
BLR n° 58 – 26/03/2026

Après 25 ans d’exercice comme avocat d’affaires, Antoine Vignial rejoint Saint-Gobain en 2012 comme secrétaire général. À la tête d’un périmètre large – juridique, fiscal, conformité et sûreté – il est également secrétaire du conseil d’administration. Dans un groupe engagé dans son plan Lead & Grow, marqué par une forte activité de fusions-acquisitions, les juristes sont pleinement intégrés à la stratégie et agissent comme de véritables business partners.
Pouvez-vous retracer votre parcours ?
J’ai exercé pendant 25 ans comme avocat : douze ans chez Gide, puis treize ans chez Freshfields. Chez Gide, l’activité était très variée : immobilier, corporate, contentieux, environnement ou financement, avec une dominante immobilière.
Chez Freshfields, j’ai créé et dirigé l’équipe immobilière avant de me réorienter vers le corporate et de prendre la tête de cette pratique. À 49 ans, un chasseur de têtes m’a proposé de rejoindre Saint-Gobain comme secrétaire général. La mission et l’entreprise m’ont séduit. J’ai intégré le comité exécutif, ce qui était assez rare à l’époque pour un secrétaire général.


Mon périmètre couvre aujourd’hui le juridique, le fiscal, la gouvernance, la conformité, la sûreté et les aspects juridiques des opérations de M&A.
Cette place importante occupée par la fonction juridique doit à mon prédécesseur Bernard Field. Mon périmètre couvre aujourd’hui le juridique, le fiscal, la gouvernance, la conformité, la sûreté et les aspects juridiques des opérations de M&A. Je reporte au PDG Benoit Bazin.
Comment est organisée la direction juridique ?
L’organisation est à la fois centrale et locale. Au siège, nous traitons les sujets transverses, comme le digital. Dans les régions et les pays, les directeurs juridiques me rapportent fonctionnellement, tout en restant hiérarchiquement rattachés au dirigeant local.

L’organisation est à la fois centrale et locale.
Cela garantit leur présence dans les comités de direction et leur proximité avec le business. Ce modèle, déjà en place à mon arrivée, me paraît très efficace. Au total, la fonction juridique représente environ 250 personnes dans le monde.
Avez-vous fait évoluer cette organisation ?
Oui, pour accompagner la transformation du groupe. Lors du plan Transform & Grow en 2018, nous avons abandonné l’organisation par métiers au profit d’une structuration par régions et par pays, en cohérence avec la régionalisation des activités. Plus récemment, les dernières activités encore organisées globalement ont elles aussi été régionalisées. Les juristes de ces activités en central ont ainsi été réintégrés dans les équipes juridiques locales où ils sont au plus près des opérationnels.
Quelles sont vos autres responsabilités ?
Je suis secrétaire du conseil d’administration et supervise les sujets de gouvernance et de droit boursier.
Me rapportent également la fiscalité et la sûreté, chargée de la protection des sites industriels et des collaborateurs.
En matière de M&A, les opérations stratégiques sont généralement pilotées au niveau central, tandis que les autres transactions sont souvent gérées localement.
Comment est organisée la conformité ?
La conformité couvre notamment la concurrence, l’anticorruption, les sanctions économiques et la protection des données. Avec la montée des exigences réglementaires, notamment depuis la loi Sapin II, nous avons créé une direction Ethique & Conformité dédiée. Les sanctions internationales se sont complexifiées ces dernières années, mais notre modèle très localisé limite certains risques.

La conformité couvre notamment la concurrence, l’anticorruption, les sanctions économiques et la protection des données.
Quelle place occupent les outils numériques et l’IA ?

Les juristes utilisent déjà plusieurs outils digitaux : contrathèques, archivage, plateforme pour le conseil d’administration ou gestion des informations privilégiées.
L’IA fait aussi l’objet de projets pilotes. Un outil compare par exemple les contrats reçus avec les standards du groupe et signale automatiquement les écarts.
Nous développons également un chatbot interne pour répondre aux questions juridiques récurrentes et un outil d’analyse des rapports annuels du CAC 40 pour faciliter les benchmarks.
Comment la fonction juridique contribue-t-elle à la stratégie du groupe ?
L’un des enjeux majeurs concerne le M&A et les investissements. Dans le cadre de l’actuel plan stratégique Lead & Grow, Saint-Gobain prévoit a minima 12 milliards d’euros d’acquisitions et d’investissements de croissance d’ici 2030.
Les juristes accompagnent ces opérations ainsi que les grands projets industriels.

La stratégie évolue aussi vers la vente de solutions complètes plutôt que de produits isolés, ce qui implique de nouveaux montages contractuels et davantage de coopération entre équipes.
Plus largement, la fonction juridique doit soutenir la stratégie du groupe grâce à l’excellence opérationnelle, à l’usage du digital et à une forte proximité avec le business. Mon objectif est que les juristes soient perçus comme de véritables partenaires de la création de valeur.

Mon objectif est que les juristes soient perçus comme de véritables partenaires de la création de valeur.
Quelles compétences recherchez-vous chez les juristes ?

Nous recrutons à la fois des juristes d’entreprise et d’anciens avocats, avec un bon équilibre entre les deux profils.
Les recrutements externes concernent le plus souvent des profils relativement jeunes ; les postes de management sont majoritairement pourvus en interne, car nous avons de nombreux talents dans nos équipes.
Le groupe investit beaucoup dans la formation, notamment via la plateforme interne Boost et des réunions internes en présentiel avec des intervenants extérieurs.

L’expertise juridique reste fondamentale, mais elle doit s’accompagner de compétences managériales, d’une bonne compréhension du business et d’une capacité à travailler dans un environnement international.
L’expertise juridique reste fondamentale, mais elle doit s’accompagner de compétences managériales, d’une bonne compréhension du business et d’une capacité à travailler dans un environnement international. Le turnover est assez faible et les juristes restent souvent longtemps dans le groupe. Les mobilités existent surtout au sein de la filière juridique, qu’elles soient verticales ou horizontales, afin d’élargir les compétences et les expériences. La proximité entre juristes et équipes opérationnelles est essentielle pour que la fonction juridique apporte une réelle valeur ajoutée. C’est aussi ainsi que les juristes peuvent soutenir les business au quotidien.
Propos recueillis par la rédaction de la Business & Legal Review.







