Les défis d’une direction juridique en Afrique et au Moyen-Orient : échanges avec la direction juridique et compliance d’ORANGE Middle East & Africa
BLR n° 45 – 19/12/2024
Qui êtes-vous ? Et si vous nous parliez de vos grands défis ?

Nous faisons partie de la direction juridique, réglementaire et compliance de Orange Middle East and Africa, société dont le siège opérationnel est basé à Casablanca depuis 2019. Cette direction, composée d’une douzaine de collaborateurs, veille à assurer un soutien de second niveau vers les 18 pays d’Orange sur le continent africain et permet de donner de la cohérence dans les grandes décisions auxquelles sont confrontées nos filiales : par notre vision globale du marché et de ses défis, nous arrivons ainsi à effectuer un travail de comparaison permanent entre toutes les situations traitées et à rechercher des solutions pour les adapter aux besoins d’autres pays. Nous agissons également comme conseil interne de la direction des opérations d’Orange Middle East and Africa, outre un travail de veille sur tous nos marchés ce qui nous permet de pouvoir anticiper les mouvements sectoriels. Nos sujets de prédilection sont liés aux tendances et à la stratégie du moment : l’incursion du satellite dans nos marchés comme moyen de connexion à l’Internet, l’équilibre économique réglementaire entre Big Tech et opérateurs, les usages et impacts de l’intelligence artificielle sur l’activité, la fiscalité spécifique liée au secteur, l’application de réglementations extra territoriales (Sapin 2) à nos opérations.
Travailler où la corruption est quasiment présumée d’office, ça doit compliquer les choses. Comment faites-vous pour gérer le risque sans jouer à Colombo ? Quelles sont les tendances ?
La corruption est un fléau mondial, et pas seulement africain. Orange, comme beaucoup, a développé une politique de tolérance zéro envers les pratiques déviantes. Concrètement, étant soumis à la Loi Sapin 2 et aux autres lois internationales notamment américaine (Foreign Corrupt Practice Act) et britannique (United Kingdom Bribery Act), nous avons décliné au niveau d’Orange Middle East & Africa, le programme anti-corruption du Groupe Orange dans tous les pays dans lesquels nous opérons. Ainsi, nous appliquons avec rigueur tous les dispositifs de ce programme en corrigeant les situations anormales lorsqu’elles se présentent.

Nous avons décliné au niveau d’Orange Middle East & Africa, le programme anti-corruption du Groupe Orange dans tous les pays dans lesquels nous opérons.
En pratique, au-delà des actions permanentes d’information, de sensibilisation et de formation, nous prononçons des sanctions à travers des mesures disciplinaires, qui parfois peuvent aller jusqu’au licenciement de collaborateurs qui n’avaient pas un comportement conforme à nos règles. De même, certains fournisseurs ont été exclus de nos processus achats car ne respectant pas les règles posées. La particularité de certains pays est bien connue de nos équipes (composées à plus de 98% de collaborateurs locaux) et permet de coller au mieux à la culture locale et à certaines traditions qui ne sont pas immédiatement comprises en Europe notamment dans un contexte français laïc. Pour résumer, nous documentons toutes nos dépenses, l’essentiel étant finalement de pouvoir expliquer de manière objective à quoi elles servent en prenant en compte le filtre local.
De l’Afrique au Moyen-Orient : comment un directeur juridique ou compliance et leurs conseils deviennent des héros de la RSE ?

C’est un peu lié à la question précédente, et il n’existe pas vraiment des héros, juste des collaborateurs avec le souci de rester pragmatiques avec l’abandon des filtres et réflexes européens quand on souhaite agir et produire des résultats concrets. Dans la réduction de nos dépenses carbone par exemple, il faut comprendre comment fonctionne le réseau dans certains pays où l’électricité n’est fournie que 4 à 5 heures par jour ou lorsque les sites peuvent faire l’objet d’attaques de groupes armés. Ici, les plans d’action sont clairs :

En lien avec les autorités, nous nous sommes engagés à solariser la majeure partie de nos sites d’ici à 2030,
En lien avec les autorités, nous nous sommes engagés à solariser la majeure partie de nos sites d’ici à 2030, soit directement, soit en faisant appel à des prestataires externes locaux qui connaissent également parfaitement bien la géographie du pays et les zones où intervenir sans danger. Ce même principe de connaissance locale et d’adaptation des principes RSE au contexte local, est la pierre angulaire de nos actions.
Qui sont vos conseils ?
Avec plus de 150 juristes et spécialistes des affaires règlementaires et conformité dans l’ensemble de nos pays, nous considérons avant tout que nos équipes ont développé un fort niveau de technicité et de maîtrise de nos métiers principaux (télécommunications et services financiers). Lorsque le recours à des conseils externes est requis, en règle générale, nous les choisissons directement dans le pays de l’opération concernée
et évitons, autant que possible, les conseils étrangers qui se réfèrent à des correspondants qui nous sont déjà connus, voire qui travaillent déjà pour nous. Il nous arrive, toutefois, d’avoir recours à des cabinets experts dans leur domaine, en France ou au Royaume-Uni principalement, qui peuvent nous permettre de compléter ce dispositif sur les opérations complexes ou multi-pays.
Sur quels critères recrutez-vous vos collaborateurs ?

L’équipe du siège des opérations OMEA est très expérimentée : généralement les recrutements sont effectués parmi des personnes qui disposent déjà d’une expérience significative dans l’environnement des Télécommunications (plus de 10 ans). Les profils varient tant en termes de nationalités qu’en termes d’expertises : les ingénieurs Telco côtoient les économistes, les avocats, interagissent avec les financiers et les juristes. La proximité et la diversité des équipes est précieuse : les échanges sont experts, riches mais aussi très plaisants, nourris des parcours académiques et professionnels, des différentes cultures et de la personnalité marquée de chacune et de chacun.

Avoir passé une ou plusieurs parties de sa carrière dans nos filiales est un avantage afin de connaître en profondeur les réglementations locales, mais également les différents canaux de communication avec le Groupe
En outre, avoir passé une ou plusieurs parties de sa carrière dans nos filiales est un avantage afin de connaître en profondeur les réglementations locales, mais également les différents canaux de communication avec le Groupe ce qui n’est pas toujours évident pour ceux qui arrivent de l’externe et doivent « parler Orange ». Il est d’ailleurs marquant de noter combien l’humain joue un rôle prépondérant dans l’efficacité opérationnelle : une petite erreur de compréhension ou une interprétation erronée d’un message peut donner lieu à des ralentissements dans le fonctionnement quotidien d’une direction comme la nôtre. Nous prêtons une grande attention à éviter ce genre d’écueil.
Auteurs :
Jean-Luc CHALHOUB, Directeur des affaires réglementaires, OMEA, ORANGE,
Daouda SANOU, Directeur juridique adjoint, OMEA, ORANGE,
Habib SECK, Directeur de la compliance, OMEA, ORANGE.

Contacter un des auteurs ou l’une des personnalités, les Business & Legal Forums, premier think tank participatif de l’entreprise & du droit vous met en relation ou devenez AMI, Active Member to inspire du think tank.







