« Le secrétariat général ne doit pas être un empêcheur de tourner en rond »

Nicolas MAGNIER, secrétaire générale d’AXA France. (en photo)

BLR n° 60 – 21/05/2026

Lecture en 4 minutes

Après vingt ans passés chez AXA, dont plus d’une décennie à la direction juridique, Nicolas Magnier a pris en février 2026 les rênes du secrétariat général d’AXA France. Entre culture réglementaire, cyber-risque et révolution de l’IA, il défend une vision du secrétariat général comme étant à la fois « un bouclier, une boussole et un partenaire » des métiers. 

Vous avez pris vos fonctions de secrétaire général d’AXA France il y a quelques mois. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle étape de votre carrière ? 

J’ai passé l’essentiel de ma carrière dans des fonctions juridiques. J’ai commencé comme avocat en fusions-acquisitions avant de rejoindre AXA il y a vingt ans. Après avoir dirigé les sujets de gouvernance au niveau groupe puis la direction juridique d’AXA France pendant près de onze ans, j’ai rejoint le comité exécutif en 2025 en tant que directeur de la communication et de l’engagement puis secrétaire général.

Aujourd’hui, le secrétariat général réunit environ 400 personnes et couvre des fonctions très variées : juridique, conformité, contrôle interne, protection des données, sûreté, cybersécurité, solutions numériques et paiements ou encore affaires publiques.  

Quel est précisément le rôle du SG dans une organisation comme AXA France ?

Je résume souvent notre mission à un triptyque : bouclier, boussole et partenaire. Le « bouclier », c’est la protection des intérêts des clients, de l’entreprise et des collaborateurs. La « boussole » symbolise notre rôle d’expertise et d’éclairage dans un environnement réglementaire extrêmement complexe. Enfin, le « partenaire » reflète notre capacité à accompagner les métiers pour développer le business dans un cadre sécurisé. 

Je résume souvent notre mission à un triptyque : bouclier, boussole et partenaire.

Cette notion de business partner est essentielle. Comment votre département l’incarne ?  

Elle suppose déjà un véritable travail sur notre positionnement. Le secrétariat général ne doit pas être vu comme un « empêcheur de tourner en rond ». Notre valeur ajoutée est maximale lorsque nous intervenons en amont des projets, pour les accompagner du début à la fin. Ce qui sécurise réellement une entreprise, ce ne sont pas seulement les process : c’est un collectif constitué de différentes équipes qui s’écoutent et coopèrent très tôt dans les décisions stratégiques. 

Quels sont aujourd’hui vos principaux défis ? 

Le premier est culturel. Dans un secteur très régulé comme l’assurance, le niveau de culture juridique et conformité est déjà élevé, mais il faut constamment l’entretenir et le faire progresser. Cela passe par l’expertise, bien sûr, mais aussi par la pédagogie. Un expert utile est capable de rendre les sujets complexes accessibles aux opérationnels. Le deuxième défi tient à l’environnement.

Nous évoluons dans un contexte de plus en plus instable : incertitudes réglementaires, tensions géopolitiques, accélération du risque cyber… Tout cela impose d’anticiper davantage.

Enfin, il y a évidemment le sujet technologique et, notamment, l’accélération de l’intelligence artificielle. 

Un expert utile est capable de rendre les sujets complexes accessibles aux opérationnels. 

Justement, quel impact l’IA aura-t-elle sur vos métiers ? 

Je pense que nous vivons une transformation plus profonde et rapide encore que celle de l’arrivée d’Internet. Pendant vingt ans, les métiers juridiques ont relativement peu changé dans leur fonctionnement.

Aujourd’hui, ce n’est plus vrai. L’IA est déjà capable de résumer des documents, de réaliser des recherches juridiques ou de produire des analyses. Demain, les juristes devront être à la fois des experts de leur matière et des spécialistes des usages de l’IA appliqués au droit. L’enjeu consiste à être prudent sans être attentiste. Nous avons mis en place chez AXA France un pilotage transverse de ces sujets, avec des “Data Leaders” et des outils sécurisés comme un ChatGPT interne sécurisé. 

L’IA est donc déjà utilisée concrètement ? 

Oui, notamment pour détecter les personnes ou opérations à risque en matière de LCB-FT ou alors identifier des non-conformités dans les clauses bénéficiaires libres de nos contrats d’assurance-vie. Aussi nous utilisons aussi l’IA pour optimiser des tâches répétitives en conformité ou en contrôle interne. Cela permet d’augmenter considérablement notre efficacité et d’élargir les périmètres de contrôle. 

Le cyber-risque est-il devenu une priorité absolue ? 

Clairement. Pour un assureur comme AXA, le sujet est double : nous devons protéger nos propres infrastructures tout en comprenant les risques auxquels nos clients sont confrontés. Nous organisons régulièrement des exercices de gestion de crise à blanc, avec des scénarios cyber ou opérationnels, afin d’entraîner les équipes et identifier nos fragilités. La gestion de crise repose à la fois sur la préparation et sur la capacité à réagir dans l’inconnu. Les exercices nous apprennent beaucoup sur nous-mêmes. 

La gestion de crise repose à la fois sur la préparation et sur la capacité à réagir dans l’inconnu.

Vous avez également récupéré les affaires publiques dans votre périmètre. Pourquoi ce rapprochement ? 

Parce qu’il existe de fortes synergies entre les affaires publiques, le juridique et la conformité. Les affaires publiques portent nos positions et nos argumentaires auprès des pouvoirs publics, mais celles-ci doivent être nourries par l’expertise technique des équipes juridiques ou conformité, notamment. Cela permet aussi d’anticiper les futures réglementations.

Comment travaillez-vous avec l’écosystème externe : cabinets, consultants, legaltech ? 

Sur les legaltech, nous suivons de près les innovations du marché, notamment des acteurs qui nous ont convaincus par leur avance sur les usages de l’IA appliquée au juridique. Côté avocats, nous travaillons avec une palette très large de cabinets, notamment en droit des assurances que nous choisissons en fonction de la nature et des enjeux des dossiers. 

Quelles sont vos priorités dans les prochains mois ? 

Le premier enjeu est la transversalité. Un secrétariat général ne doit pas être une simple juxtaposition de directions expertes : il faut stimuler les synergies entre les équipes. Le second enjeu est l’efficacité opérationnelle. Dans un marché de l’assurance très concurrentiel, nous devons offrir le meilleur niveau d’expertise, de façon compétitive, pour le bénéfice de nos clients finaux. 

Un secrétariat général ne doit pas être une simple juxtaposition de directions expertes : il faut stimuler les synergies entre les équipes.

 Propos recueillis par la rédaction de la Business & Legal Review.

Crédit photo : Seignette LAFONTAN

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