« Les enjeux de souveraineté et de sécurité des réseaux prennent une importance croissante.  »

Juliette Lallemand Victor, secrétaire générale de Bouygues Telecom. (en photo)

BLR n° 59 – 23/04/2026

Lecture en 4 minutes

Nommée à la tête du secrétariat général de Bouygues Telecom début 2025, Juliette Lallemand Victor incarne une trajectoire de fidélité et de progression interne. Elle y elle pilote un périmètre stratégique mêlant juridique, affaires réglementaires et affaires publiques, dans un environnement en perpétuelle mue.

Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai rejoint le groupe Bouygues il y a près de 27 ans, à l’issue de mes études, et j’ai effectué l’essentiel de ma carrière chez Bouygues Telecom. J’y ai occupé plusieurs postes au sein de la direction juridique – contrats, concurrence, réglementaire, compliance – avant de rejoindre Bouygues SA en tant que directrice juridique et conformité. En 2022, je suis revenue chez Bouygues Telecom comme directrice juridique et conformité, puis j’ai été nommée secrétaire générale début 2025.

Aujourd’hui, mon périmètre couvre trois directions : juridique, affaires réglementaires et affaires publiques. En tant que secrétaire du conseil d’administration, j’organise et prépare les réunions du conseil, en veillant à la qualité et à la fiabilité des documents présentés. Je m’assure du bon déroulement des séances et du respect des règles de gouvernance. Enfin, il est aussi de mon ressort de garantir la conformité et la précision des décisions formalisées. 

Aujourd’hui, mon périmètre couvre trois directions : juridique, affaires réglementaires et affaires publiques.

Comment est organisé votre secrétariat général ? 

Le secrétariat général est composé de près de 70 collaborateurs. La direction juridique comprend 45 juristes organisés par expertises et basés au siège à Meudon. Tous ces juristes ont des profils juridiques solides mais ils sont aussi capables de comprendre les enjeux techniques et économiques de notre secteur.

Les affaires réglementaires comprennent une quinzaine de collaborateurs, experts technico-économiques des télécoms et interlocuteurs privilégiés de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse  (Arcep) et des autorités pour toute question relative à la régulation du secteur. Enfin, les affaires publiques sont animées par une équipe resserrée incluant deux personnes à Paris et deux autres à Bruxelles. 

Quelles sont vos principales missions ?

Le secteur des télécoms est particulièrement évolutif et fortement régulé. Notre rôle consiste à anticiper les évolutions législatives et réglementaires, au niveau national comme européen, et à en mesurer les impacts pour l’entreprise. Nous intervenons très en amont sur les projets de textes, par exemple le futur cadre européen des télécoms, afin d’en limiter les impacts ou, le cas échéant, d’en infléchir le contenu. Nous accompagnons également l’ensemble des projets stratégiques : partenariats industriels, déploiement des réseaux, opérations de croissance externe – comme l’acquisition de La Poste Telecom – ou encore cessions d’actifs. Enfin, nous assurons la gouvernance, la conformité et la gestion des risques, notamment en matière de cybersécurité et de protection des données.

Le secteur des télécoms est particulièrement évolutif et fortement régulé. Notre rôle consiste à anticiper les évolutions législatives et réglementaires, au niveau national comme européen, et à en mesurer les impacts pour l’entreprise.

Quels sont vos principaux défis ?

Nous faisons face à une inflation normative constante, tant au niveau national qu’européen. Le secteur des télécoms est directement concerné par de nombreux projets de textes, qu’il s’agisse de régulation des réseaux, de concurrence ou encore de cybersécurité. Un enjeu clé est de limiter l’accumulation de nouvelles obligations dans un modèle économique déjà sous tension, certaines exigences de couverture ou contraintes réglementaires impliquant des investissements lourds sans rentabilité directe.

Parallèlement, les opérateurs doivent continuer à investir massivement dans les réseaux pour absorber la hausse du trafic, portée notamment par les nouveaux usages et l’intelligence artificielle qui augmente à la fois les flux montants et descendants sur nos réseaux.
Par ailleurs, nous devons composer avec des problématiques de souveraineté et de sécurité des infrastructures.

Enfin, la question de l’accès aux ressources essentielles, notamment les fréquences, est structurante. Les modalités de renouvellement ou d’attribution de ces fréquences conditionnent directement notre capacité à investir et à opérer dans la durée.

Le secteur des télécoms est directement concerné par de nombreux projets de textes, qu’il s’agisse de régulation des réseaux, de concurrence ou encore de cybersécurité

Comment la tech et l’intelligence artificielle (IA), en particulier, transforment-elles vos métiers ?

L’IA est un chantier structurant pour l’ensemble de l’entreprise, et donc pour le secrétariat général. Bouygues Telecom a lancé une IA Factory dédiée à l’industrialisation de l’intelligence artificielle générative. Ce dispositif a déjà permis de développer plus de 154 projets, notamment pour améliorer la relation client. Au sein de la direction juridique, nous avons mis en place un outil interne, « B.Clause » qui permet d’analyser les contrats et de détecter automatiquement les clauses non conformes.

Au sein de la direction juridique, nous avons mis en place un outil interne, « B.Clause » qui permet d’analyser les contrats et de détecter automatiquement les clauses non conformes.

Nous allons plus loin avec un « IA Transformer » chargé d’identifier les cas d’usage et de structurer une feuille de route à trois ans pour transformer nos métiers. Tous les collaborateurs suivent des parcours dédiés à l’IA, avec plusieurs niveaux, afin de développer une culture commune et de renforcer leurs compétences. Au quotidien, nous nous servons également d’outils de legaltech et de bases de données juridiques enrichies par l’IA qui font désormais partie intégrante du quotidien de mes équipes.

Quels sont les avocats, prestataires et consultants qui accompagnent le secrétariat général ?

Notre logique est de nous entourer en fonction des problématiques, des meilleurs experts, avec lesquels nous avons construit une véritable collaboration au fil du temps. Sur le M&A, nous travaillons avec Darrois Villey Maillot Brochier et BDGS. En concurrence, nous collaborons notamment avec le cabinet Vogel et avec Ashurst dont Christophe Lemaire dirige le département concurrence et droit européen au sein du bureau parisien de ce cabinet. A Bruxelles, où se joue une partie importante de la régulation des télécoms, nous faisons intervenir Jones Day, par exemple.

Au-delà des avocats, nous nous appuyons sur différents experts économiques (Finexsi, Tera Consultants et RBB) pour consolider nos argumentaires et défendre les intérêts de l’entreprise. Par ailleurs, nous assurons un travail étroit avec les instances professionnelles, en particulier la Fédération Française des Télécoms (FFT), que je préside. Cette structure permet de porter des positions communes sur les grands sujets sectoriels. 

 Propos recueillis par la rédaction de la Business & Legal Review. 

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