Métaverse(s) : les juristes savent-ils accompagner les « opportunités business » ?

BLR n°24 – 22/12/2022

Photo de couverture : Philippe Goossens, avocats associé, Advant Altana


Si le concept est encore flou, de nombreuses entreprises s’attellent déjà à la construction du ou des métaverse(s) (Decentraland, The Sandbox…) en proposant à leurs millions d’utilisateurs de participer à des événements communautaires. Plus de 200 marques (Warner Music, Adidas – a investi 1,6 million € d’immobilier virtuel, Carrefour, Axa…) ont choisi de s’y engager malgré toutes les incertitudes économiques et juridiques que cela représente.

Comment les juristes vont-ils accompagner ces opportunités business ? Quels impacts sur les relations clients ? Quelles sont les responsabilités civiles et pénales (fraude, lutte contre la corruption…) des différents acteurs ? Le porte-parole du CSN (conseil supérieur du notariat) a déclaré : « Les notaires seront les garants neutres de la compliance et de la sécurité… » Comment s’imposent les conditions générales de chacun des métaverses ? Sont les questions auxquelles les panelistes : Eric Gaubert, directeur adjoint, innovation et partenariat, Reinsurance Group of America, Incorporated, Philippe Goossens, avocat associé, Inès Germain, avocat, Advant Altana, Karen Jouve, CEO and founder, Doors3, Julien Laumain, chef du département du contrôle des acteurs économiques, AFA et Cyrille Magnetto, product strategist/VP innovation, Axa ont répondu à ces questions le 20 octobre en participant à une table ronde inédite.

Les juristes et les directeurs compliance seront-ils à la traîne ou de vrais bsiness partners ?

Le ou les métaverse(s), tout le monde en parle. Mais en quelques mots, qu’est-ce que c’est ? Y a-t-il de réelles opportunités business ? Et si oui, pouvez-vous nous donner un exemple au business model rentable ?

Il est aujourd’hui difficile de donner une unique définition du métaverse. En réalité, il y a plusieurs métaverses. Les expériences qui y sont proposées mais aussi l’esthétique et les modèles économiques diffèrent largement. Cet océan de possibilités intrigue et intéresse de plus en plus d’entreprises et de grandes marques mais il continue d’y avoir un mélange des genres et de nombreuses incompréhensions du côté du grand public. Le métaverse, c’est avant tout une expérience virtuelle immersive permise grâce à la combinaison de plusieurs technologies dont la blockchain, l’IA, mais aussi les réalités immersives.

« A l’image de Ready Player One, c’est imaginer comment Internet peut prendre vie et de quelle manière chacun peut devenir acteur et non plus spectateur du web »

A l’image de Ready Player One, c’est imaginer comment Internet peut prendre vie et de quelle manière chacun peut devenir acteur et non plus spectateur du web. Aujourd’hui, beaucoup de personnes s’accordent à dire que les plateformes de gaming, les applications de réalité virtuelle sont déjà le métaverse, mais est-ce vraiment la vision que l’on souhaite ?

Karen JOUVE, membre du conseil scientifique des Business & Legal Forums, CEO, co-fondatrice, Doors3, web 3.0

Du point de vue des entreprises, le métaverse revêt un intérêt tout particulier car il permet de répondre et d’envisager 4 grands cas d’usages pour répondre à leurs enjeux spécifiques :

  1. Expérience de marque immersive : hypercréativité, possibilités illimitées, storytelling innovant, nouveau canal marketing, stratégie de Direct to Avatar, e-commerce et CRM de demain ;
  2. Attraction de nouvelles audiences : augmenter la notoriété d’une marque auprès de nouveaux publics, atteindre la GenZ et la GenA, identité numérique à travers l’avatar, activation sur le mass market ;
  3. Expérience collaborateur augmentée et amélioration des process : réinventer l’expérience collaborateur, ateliers immersifs, recrutement, formation, métaverse industriel ;
  4. Nouveaux business models : nouveau segment business dans le numérique, merchandising virtuel, produits phygitaux, réalité augmentée et 3D, commerce électronique immersif…

L’exemple de Nikeland dans Roblox est assez impressionnant. Plus de 21 millions de visiteurs en 1 an et 26% de son CA généré dans ces nouveaux mondes. Mais attention, le métaverse ne se pense pas seul et s’inscrit bien souvent dans le cadre d’une stratégie Web3 de plus long terme afin de donner une vision, un sens et un intérêt pour les consommateurs et les marques. Il est donc important de se poser la question : quel acteur veut-on être dans le Web3 ? A quels enjeux propres à mon entreprise le métaverse peut-il répondre ? Ce sont ces enjeux que nous accompagnons chez Doors3 auprès de clients de secteurs très variés.

Pensez-vous que les entreprises peuvent se permettre d’être attentistes ?

Eric Gaubert, directeur adjoint innovation, Reinsurance Group of America Inc.

Le metaverse (et le web3) s’inscrit dans le cadre d’une stratégie à moyen terme voire long terme. Les entreprises peuvent intégrer le métaverse dans leur feuille de route pour répondre à des besoins internes (vers les employés) et externes (vers les clients et les partenaires). Les cas d’usage sont à construire tels que la création d’une expérience client en mode digital, la conception de produits et de services (en mode hybride, i.e. numérique et physique) ou l’engagement des salariés dans un univers digital (recrutement, réunion ou formation). Pour y parvenir, il est nécessaire de construire un écosystème robuste et pérenne tout en s’assurant que les compétences techniques sont bien maîtrisées en interne. Il est aussi important de construire un business model évolutif pour apporter de la souplesse, afin de bâtir de nouveaux partenariats et également le passage à l’échelle. La démocratisation du metaverse reste à construire. C’est passionnant !

Certains voient le / les métaverse(s) comme un espace de totale liberté. Comment accompagner une entreprise souhaitant y faire du profit ?

Philippe Goossens, avocat associé et Inès Germain, avocate, Advant Altana

Les métaverses ne doivent pas être considérés comme des espaces de totale liberté mais comme de nouveaux espaces de risques au sein desquels les entreprises vont devoir assurer la sécurité physique et psychique de leurs salariés, la licéité des actions menées pour leur compte et la protection de leurs données face au risque de cyberattaques.

Les entreprises soumises aux obligations de lutte contre la corruption, conformément aux dispositions de l’article 17 de Loi Sapin 2, devront notamment adapter les mesures mises en place à cette nouvelle activité dans les métaverses (cartographie des risques, code de conduite, procédures d’enquête interne, formations des collaborateurs…).

« Les métaverses ne doivent pas être considérés comme des espaces de totale liberté mais comme de nouveaux espaces de risques au sein desquels les entreprises vont devoir assurer la sécurité physique et psychique de leurs salariés, la licéité des actions menées pour leur compte et la protection de leurs données. »

Il est indispensable que les entreprises fassent preuve de prudence et anticipent les risques présents dans les métaverses afin qu’elles ne soient pas victimes de comportements illicites mais également qu’il ne puisse pas leur être reproché d’avoir fourni l’outil ayant permis la commission d’une infraction.


Rendez-vous le 06 avril 2023 pour le Global Anticorruption & Compliance Summit (GACS) et le 19 octobre 2023 pour le Business & Legal Forum.


Cette tribune est un extrait de l’une de nos tables rondes. Pour prendre connaissance de l’ensemble des travaux de nos tables rondes, participez à nos rencontres, elles sont particulièrement riches en retours d’expérience tant des entreprises que des autorités et des conseils. TOUT SAVOIR.


Prendre contact avec l’une des personnalités :
Rien de plus facile cliquez ici ou devenez AMI, Active Member to Inspire

Retrouvez toutes les rencontres des Business & Legal Forums sur www.blforums.com

Start typing and press Enter to search